Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /Août /2008 16:04
Femmes dans les guerres, femmes contre les guerres
jeudi 30 janvier 2003
Pendant et après les conflits armés, les femmes subissent des violences de toutes sortes : privations, tortures, viols, prostitution, exils. Elles assurent la survie des enfants dans des conditions effroyables, au nom d’intérêts qui ne sont pas les leurs, d’États qui ne respectent pas leurs droits, de sociétés dont leur oppression est le fondement.
Les féministes en lutte pour la paix ont désigné leur ennemi : le patriarcat, système de domination qui permet tous les autres. On est loin, très loin, d’un pacifisme teinté du concept de « bonté innée » qu’on prête aux femmes pour mieux les renvoyer à leur maternité. En créant des réseaux qui ignorent les clivages de nationalités, d’ethnies ou de religions, les féministes pacifistes poursuivent un projet pacifiste et montrent qu’il est réalisable.
Trente pays ou régions sont actuellement en situation de conflit armé, en cours ou en voie d’extinction. Tandis que les combattant(e)s sont parti(e)s guerroyer, les populations civiles sont décimées par les bombardements, par les invasions de « l’ennemi ». Les conflits armés, aujourd’hui, font d’avantage de victimes civiles que militaires, dont les femmes et leurs enfants qui n’ont pas été enrôlé(e)s.
Les guerres tuent et mutilent sans distinction de sexe. Mais les femmes subissent d’autres souffrances, celles qui leur sont déjà infligées en temps de paix, exacerbées en situation de conflit : les violences sexuées, dont les violences sexuelles. Que les soldats violent partout où ils passent est une tradition séculaire, passée sous silence jusqu’à ces dernières années. La médiatisation des viols en Bosnie a rappelé que loin d’avoir disparu, ils se perpétuaient, avec les encouragements de certains commandements. Violer « ses » femmes, c’est une façon de toucher l’ennemi, de l’envahir en « polluant » sa descendance. Là réside le « plaisir » du viol de guerre : offenser d’autres mâles. Beaucoup des femmes instrumentalisées seront ensuite rejetées par leur propre communauté, car leur souffrance ne vaut rien au regard de la blessure d’orgueil du mâle qu’elles ont permise à leur corps défendant. C’est pourquoi, souvent, les victimes ne témoignent pas. Quand les hommes s’assoient à la table des négociations, ils « oublient » ces exactions, les violeurs étant dans les deux camps.
Après l’arrêt des combats, les femmes sont encore victimes de la pauvreté, de la faim, du manque de soins, de la pénurie des services, inhérents à tout conflit armé. Beaucoup subissent les violences conjugales de leurs maris revenus du front. Pour le réconfort des forces de maintien de la paix, on ouvre des bordels. Des milliers de femmes tombent sous la coupe de réseaux de proxénètes, qui savent tirer profit de la misère et du désordre.
Nombre d’entre elles se retrouvent chefs de familles, dans une situation économique catastrophique, et renvoyées à la sphère familiale quand le mâle est de retour s’il revient, ou réduites à assurer la survie quotidienne et certainement pas à avoir un travail émancipateur.
La fable de la guerre « émancipatrice » nous a pourtant été servie par Bush qui se « vantait » de libérer les femmes afghanes. Outre le cynisme de ses propos (prendre une population parmi les plus opprimées de la planète comme alibi pour une guerre pas moins économique qu’une autre), de quel droit un « État » se déclare-t-il « libérateur » d’un peuple ? Un an après, les Afghanes subissent toujours discriminations et violences, dans un pays encore plus dévasté qu’il ne l’était déjà.
Derrière les belles paroles des membres de l’Onu : « Les femmes, qui connaissent si bien le prix des conflits, sont souvent mieux à même de les prévenir ou de les résoudre » où sont les actes ? Si tel était le cas, pourquoi ne sont-elles pas assises aux tables des négociations ? Pourtant, elles font preuve d’un grand courage, celles qui, dans un pays en conflit sont considérées comme traîtresses parce que pacifistes et féministes. Elles récusent la violence sous toutes ses formes, le modèle patriarcal dont la guerre est l’un des fleurons. Or comment maintenir une domination sans violence ? Le féminisme est inconciliable avec le nationalisme et le militarisme, non pas parce que les femmes sont « naturellement » pacifistes, mais parce que tant qu’il y aura domination d’êtres humains sur d’autres êtres humains et violences pour les soumettre, un autre monde ne sera pas possible.
En ce moment même, un autre conflit se prépare auquel nous ne sommes pas sûr(e)s d’échapper. Guerre du Bien contre le Mal ou de la super puissance économique contre l’Irak ? Des citoyennes des États-Unis se mobilisent contre cette guerre parce que nous, les femmes, ne voulons plus souffrir et réparer, mais parce que nous voulons proposer, décider, agir pour un monde égalitaire en paix.
Is@, groupe Jes futuro 
Par groupe anarchiste jes futuro
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Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 22:47

Nous les femmes : quel(s) militantisme(s),
comment, pourquoi, ?
Parce que je milite politiquement depuis maintenant une dizaine d´années voire plus avec beaucoup d´aléas par rapport à ce militantisme, parce que j´ai remarqué que dans le champ politique et syndical,  les femmes sont largement sous-représentées, parce que j´aimerais beaucoup qu´elles me rejoignent dans cette lutte pour une société égalitaire, je me suis posé la question du pourquoi et du comment de cette dépolitisation  des femmes.
Je tente d´y apporter quelques réponses sachant que ces dernières sont loin d´être exhaustives.
La place des femmes dans la vie publique : pourquoi notre 
engagement est-il essentiellement  d´ordre social ? 
            Les femmes s´investissent massivement dans les associations à caractère social mais très peu dans la vie politique.
On peut dire que la principale responsable de notre dépolitisation, autrement dit de notre engagement associatif voire « caritatif » est l´image qui nous est renvoyée par notre éducation, par les médias, par le système politique patriarcal capitaliste, de nous-mêmes.
Je vais reprendre une citation de Simone de Beauvoir (cf le deuxième sexe) pour éclairer mon propos :
« La femme a des ovaires, un utérus ; voilà des conditions singulières qui l´enferment dans sa subjectivité ; on dit volontiers qu´elle pense avec ses glandes. »
A partir de ce mythe psycho-naturaliste, s´élabore toute une construction éducative des femmes qui est ancrée dans notre intimité pratiquement inconsciemment et dont nous allons devoir nous débarrasser tout au long de notre vie pour récupérer une parcelle d´espace public.
En premier lieu, évacuer cette culpabilité (inscrite dans l´ancien testament), véhiculée par toutes les religions et utilisée par les médias, du fameux pêché (vous savez le coup de la pomme), qu’on nous renvoie à la figure quand nous ne nous investissons pas totalement dans la sphère privée comme cela nous est imparti c´est à dire être « pute ou soumise » ou les deux à la fois, c´est encore mieux !
 En second lieu, quand nous voulons malgré tout nous investir politiquement et syndicalement et récupérer l´espace qui devrait dans une société égalitaire nous être dû à côté et avec les hommes, nous devons nous organiser avec toutes les contraintes matérielles que cela suppose et quand nous n´en sommes pas submergées.
Quand il nous reste suffisamment d´énergie pour militer, il est très fréquent que les qualités que nous avons développées dans la sphère privée soient détournées dans la sphère publique : le sens de l´écoute, l´organisation, la sensibilité, la prise en charge de l´intendance sont la plupart du 
temps récupérés pour « dorer le blason des  machistes » (et dans le terme « machiste » j´y inclus les femmes qui pour se faire une place au soleil à côté de nos charmants hommes en ont intégré les stratégies de pouvoir).
Non seulement on détourne nos « qualités » mais en plus, on profite des « défauts » dont les pauvres « décervelées » tout juste bonnes à être belles, torcher les mômes quand elles en ont et faire le ménage n´ont pas la bonne aubaine d´être pourvues : « Nous n´y connaissons rien à la stratégie politique ou syndicale ! », ne manions pas bien un langage pseudo-politique que ces messieurs savent si bien utiliser à grands renforts de statistiques et de citations.
Nous n´avons pas le sens du pouvoir et de la domination (exceptées les « femmes machistes » dont j´ai parlé plus haut) parce que ce n´est pas un domaine qui nous est réservé dans notre vie personnelle : « Sois belle et tais-toi ! » est toujours en vigueur et quand nous faisons preuve de pugnacité, nous sommes souvent accusées d´être des viragos, voire des mal baisées (ceci étant la faute à qui ?)
Nous sommes les gérantes des conflits privés la majeure partie du temps et comme dans le militantisme, c´est souvent la « foire d´empoigne », nous ne nous investissons pas dans les conflits publics, ayant eu notre dose chez nous. 
Comment faire en sorte que nous, les femmes, nous investissions politiquement et syndicalement ?
Il faut créer des conditions pour accueillir les femmes au sein de nos instances et la première des conditions est le cadre qui nous  permettra de nous ouvrir à cet espace public dont nous sommes dépossédées.
Si nous reprenons la définition de Lalande : (une structure est) « un ensemble, système formé de phénomènes solidaires tels que 
chacun dépend des autres et ne peut être que ce qu´il est dans et par sa relation avec eux », est-ce que nos structures syndicales et politiques ont compris cette définition ?  Déjà, on peut peut-être commencer par féminiser cette citation !
Ensuite, il me paraît d´une évidence teintée de bon sens que pour que les femmes puissent se rendre aux réunions, elles soient déchargées des contraintes qui leur permettront d´y participer :
Si elles intègrent des groupes, donnons-leur la parole en créant des commissions femmes avec possibilité de non mixité. Quel intérêt à cette non-mixité ?
Des extraits d´un texte du livre de Liz Holtom « Greenham Common, camp de paix, camp de femmes », vont l´expliquer (ce camp a fonctionné dans les années 80 en Angleterre devant une base militaire) :
« ...Le camp de Greenham a toujours été une initiative des femmes. Non parce qu´elles détestent les hommes mais pour des raisons positives. Dans le passé, les femmes ont été exclues de la vie politique- pas toujours volontairement de la part des hommes - mais tout simplement à cause du langage et des méthodes employées par les  hommes... Cependant, les femmes ont développé entre elles, des façons de s´organiser beaucoup moins rigides basées sur le fait de se considérer d´abord comme des personnes et non comme des machines à penser.
Le mouvement des femmes apporte beaucoup d´enseignements sur l´organisation et cela commence à se diffuser dans l´ensemble du mouvement de paix. Agir sans hiérarchie, sans avoir à crier plus fort que les autres ; admettre ses émotions et celles des autres ; utiliser à plein la fantaisie dans les actions, par exemple dans les symboles... »
Il y a aussi des apports pratiques : assurer à tour de rôle les fonctions de secrétaire et de  trésorière, si ces fonctions sont nécessaires ; se mettre en rond pour se réunir, afin de se regarder en parlant,... limiter le nombre de personnes dans les groupes pour qu´ils fonctionnent au mieux ... »
Dans ce texte on y cerne toutes les données utilisables pour un investissement plus important voire égalitaire des femmes dans la lutte et transférable à des groupes non-mixtes. 
Cela donne surtout la possibilité de faire découvrir aux femmes, dans des groupes non-mixtes,  toutes les capacités qu´elles peuvent mettre en oeuvre pour lutter.  
Recréer, ce qui est en train de se faire, des «réseaux féministes » est une nécessité qui a prouvé son efficacité dans le passé (lutte pour le droit à l´avortement, etc...).
Quel(s) militantisme (s) ? 
Il est bien évident que je ne vais pas inciter mes copines à adhérer au front national et à tout parti ou  organisation politique ou syndical faisant fonctionner un système basé sur une hiérarchie. De toutes façons, si nous voulons trouver un espace où notre parole sera entendue à égalité avec celle des hommes, il vaut mieux que nous allions là où les idées de solidarité, d´entraide y sont défendues. Ceci étant, il ne faut pas rêver : dans les milieux libertaires ou syndicaux révolutionnaires règnent  aussi le machisme et l´abus de pouvoir.
Comment faire pour s´en débarrasser ? En militant solidairement entre femmes et avec les hommes, en se soutenant les un-e-s les autres dans notre combat pour une société où les femmes et les hommes y auront la place qui devrait être impartie à toute personne vivante sur notre terre, en ne considérant pas que la lutte anti-patriarcale est accessoire mais qu´au contraire elle a sa place au même titre que les autres luttes pour abolir cette société capitaliste.
De biens grands mots tout cela : non, pas du tout. Si toutes les femmes présentes dans ces instances
politiques ou syndicales, à l´aune de leurs possibilités, font entendre leurs voix, communiquent entre elles et autour d´elles, militent un tant soit peu dans des syndicats ou des instances politiques, on les écoutera.
Le chemin est parsemé d´embûches, je suis bien payée pour le savoir, mais fait aussi de formidables moments de plaisir et de rires avec ou sans nos compagnons.
Il me semble aussi qu´à partir du moment où l´on s´engage dans une révolution de pensées, que l´on déstabilise les schémas qui se sont construits les deux mille dernières années (voire beaucoup plus) et qui sont de nouveau à l´honneur dans notre société capitaliste où le pouvoir de l´argent est roi, on ne peut pas faire machine arrière. 
Nous essayons de construire une société sans pouvoir, où chacun-e trouve sa place. Malheureusement, nous ne sommes pas assez de femmes. Et notre voix n´est pas suffisamment entendue.
Pour toutes les raisons que j´ai expliquées précédemment, je continue à  militer parce que j´ai trouvé des femmes et des hommes qui se posaient à mes yeux des questions fondamentales ou plutôt la question fondamentale : comment faire en sorte que nous ayons chacun-e et tous-tes notre place sur cette terre en nous respectant mutuellement ?
 Vous allez sans doute être étonné-e-s de ne pas voir souvent le mot « féminisme » dans ce: texte, mais qu´est-ce que le féminisme, sinon ce que je viens d´expliquer ? 
Par is@
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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /Juil /2008 18:03
 « Plus il y a de violence, moins il y a de révolution. »

Barthélemy de Ligt

 

Le présent manifeste présente nos intérêts, nos principes et nos revendications du moment. Il ne saurait être immuable ou considéré comme une règle. Mais c’est aussi une modeste synthèse de lectures, de débats, l’aboutissement de remises en question pas toujours faciles, le résultat d’un long cheminement militant, de réflexions laborieuses et diverses qui pour nous sont loin d’être anodines. Aussi nous demandons à toute personne désireuse de rejoindre le groupe anarchiste Jes Futuro de respecter, de lire et de bien comprendre ce texte. Si nous sommes ouvert.e.s à la discussion, toute remise en cause sérieuse des principes ci-dessous exprimés doit se faire de manière motivée et dans le cadre d’une réunion décisionnelle du groupe ! Il nous faut une base pour aller de l’avant.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes anarchistes. Pour agir, réfléchir, écrire, nous nous inspirons partiellement ou non des écrits et des pratiques d’illustres camarades, mais aussi des milliers de copains et copines anonymes qui ont forgé le mouvement libertaire international jusqu’à aujourd’hui. Nous puisons des idées un peu partout dans des textes fondateurs libertaires classiques (voir Bakounine, Malatesta, Goldman, de Cleyre, Bookchin, Hem Day, etc), dans la presse libertaire, dans les déclarations de l’International des résistant.e.s à la guerre, de la Föderation Gewaltfreier Aktionsgruppen (Allemagne), du groupe De Fabel van de illegaal (Pays-Bas), du groupe Anarchisme et Non-Violence (France), mais également dans le creuset des théories féministes/proféministes, celles pour la décroissance économique pour la simplicité volontaire, pour la non-violence active, le pacifisme intégral, le mouvement pour les transports gratuits et la vélorution, etc. Nous remercions toutes et tous ces camarades sans qui nous serions sans doutes restées des rebelles sans cause condamné.e.s certainement à réinventer l’eau chaude.

Nous voulons transformer l’organisation de la société capitaliste et patriarcale, supprimer l’exploitation de l’humain par l’humain et toute forme de domination. Notre mouvement est issu du socialisme révolutionnaire ; si nous reconnaissons bien sûr la lutte des classes, nous ne pensons pas comme les marxistes que tout se résume à l’exploitation économique d’un groupe humain sur un autre, ni qu’un parti d’avant-garde révolutionnaire concentrant tous les pouvoirs doit nous guider vers notre idéal. L’analyse marxiste classique méconnaît foncièrement les rapports humains en se concentrant uniquement sur les facteurs socio-économiques. L’anarchisme social partage une grande partie de l’analyse économique marxiste (voir Bakounine) mais bon nombre de rapports de domination entre les individus peuvent être relativement indépendants des facteurs économiques : sexisme, homophobie, etc.

Le groupe anarchiste Jes Futuro entend développer au quotidien les idées, les pratiques anarchistes dans la vie publique comme dans la sphère privée et changer la société pour le communisme libertaire. Nous sommes des femmes et des hommes décidé.e.s à lutter ensemble contre l’injustice généralisée par les systèmes actuels qui régissent notre société et contrôlent nos existences : capitalisme libéral ou d’Etat (cf. Chine), productivisme, patriarcat, nationalisme.

Pour notre autonomie

Nous luttons pour un autre présent, pour un avenir différent de celui réservé pour nous et nos descendant.e.s par la classe possédante (la bourgeoisie) motivée par ses seuls intérêts financiers, par l’Etat (et les différents gouvernements à sa botte), par les différents lobbies patronaux, les différentes sectes religieuses, par les médias aux ordres, par les différents groupes conservateurs et d’extrême droite, les machos, les virilistes, etc. Nous luttons contre l’oppression et la tyrannie qu’elles exercent dans l’entreprise, à l’école, dans la rue, dans la famille, dans le couple, etc.

Contre l’Etat et les gouvernements

Nous désirons sortir de l’ornière tracée pour nous par les partis politiques (même dits « révolutionnaires »), par les bureaucraties syndicales et par les nouvelles associations « altermondialistes » réformistes dont les principaux projets sont de reconstruire l’opposition social-démocrate et de restaurer la puissance soi-disant perdue de l’Etat face à la finance et à l’ultralibéralisme.

Ces derniers pensent que l’Etat peut être un instrument de régulation de l’économie et par là même l’outil d’une meilleure justice sociale. Nous sommes d’un avis différent et ne cessons de répéter : « Capitalisme partout justice nulle part », « Ni réformable ni citoyen, il n’y a pas de capitalisme à visage humain », etc. L’Etat et les gouvernements ne peuvent être un rempart efficace face à la voracité de la bourgeoisie nationale et internationale. Au contraire, l’Etat est leur bras armé pendant les temps trop rares de contestation sociale et pendant les guerres qu’elles ont provoquées... Ils bradent peu à peu au secteur privé tous les services publics et les systèmes de protection sociale.

Même la gauche au pouvoir en France, en Grande-Bretagne, en Espagne, etc. a grosso modo appliqué en matière d’économie la même politique que la droite et, en ce qui concerne la sécurité et l’émigration, elle a repris les idées de l’extrême droite. Aujourd’hui, le champion brésilien élu de la gauche du Parti des travailleurs Lula s’est applati devant le FMI et a entre autres, tout de suite fait augmenter le nombre d’années de cotisation pour les retraites !

Si nous sommes contre l’Etat, nous luttons pour la reconquête des services publics et de protection sociale. Nous souhaitons qu’ils soient gérés par leurs propres salarié.e.s ainsi que par des usagers intéressés.

Contre le capitalisme et la société de consommation

Le capitalisme est un système de domination et d’exploitation par excellence. Il fait concentrer les richesses, le pouvoir économique et politique dans les mains d’une minorité qui veut tout contrôler et surtout se maintenir en place partout et par tous les moyens (police, armée, prisons, partis politiques, syndicats jaunes, propagande médiatique, contrôle du chomâge et des flux migratoires, courte vie des produits vite remplaçables, gaspillage, idéologie de consommation et publicité, etc.). Le capitalisme est responsable, à divers degrés, des inégalités sociales, des guerres, des désastres écologiques, de l’exploitation du Nord par le Sud, etc. Selon ses besoins, les résistances locales, il accorde des avancées sociales, les reprend, etc. Basé sur l’expansion du marché de la société de consommation, la croissance économique, le capitalisme pille les ressources naturelles jugées à tort comme inépuisables. Pourtant, il n’y a pas de croissance infinie possible sur une planète finie. Le combat libertaire écologiste anticaptitaliste doit être couplé avec la lutte pour la décroissance économique.

Pour l’égalité

Nous luttons pour une réelle égalité entre les individus, quelles que soient l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, le sexe, l’âge., etc. Il n’y a pas de véritable égalité sans égalité économique et sociale, sans une réelle égalité entre hommes et femmes.

Les apôtres du capitalisme disent qu’il est incontournable, c’est certainement une excuse pour ne rien proposer de nouveau, pour ne rien changer. Ses défenseurs affirment qu’il n’y a que deux options possibles : capitalisme synonyme de démocratie (parlementaire et repésentative) ou la dictature. Ils oublient que des pays aux gouvernements didactoriaux ont une économie capitaliste. Evidemment pour nous, il existe une alternative.

Les moyens de production, les services publics des secteurs entiers de l’agriculture doivent être socialisés, reconvertis et autogérés par les salarié.e.s et les usagers eux/elles-mêmes, pour le bien de l’ensemble de la collectivité, dans le respect de la population, de l’environnement. Sans l’intervention d’un Etat régional, national, supranational, la vie collective doit se développer à la base (individus, conseils communautaires et d’entreprises) dans le cadre du fédéralisme libertaire transnational, de l’autogestion, de la démocratie directe, de l’entraide, du respect de l’autre et de la différence.

Le nationalisme, la lutte armée

Si nous sommes pour l’autonomie, l’auto-organisation des groupes humains, nous nous battons contre tout ce qui pourrait transformer définitivement le monde en un ensemble de prés carrés ethniques étanches. Nous ne perdons pas de vue que le nationalisme privilégie des éléments culturels, biologiques (le sang et la terre), civiques, de libération nationale (une terre, un peuple). Qu’il se dise de gauche ou de droite, le nationalisme tend toujours, à un moment ou à un autre, à masquer les relations de pouvoir capitaliste, à nier la lutte des classes au profit d’un pacte social de cohésion national basé sur le capitalisme libéral ou d’Etat, sur le patriarcat et bien souvent la xénophobie.

Toute l’idéologie du nationalisme (comme la religion) finit par déraper dans l’exclusivité et s’appuyer sur un fond patriarcal de domination de la femme et d’oppression des minorités sexuelles pour se développer et se maintenir. La lutte des femmes équivaut alors à un danger pour l’unité nationale. Elles doivent traditionnellement procréer le plus possible et transmettre la culture nationale. Les hommes doivent être virils et protéger la nation (et aussi faire en sorte qu’elle se reproduise) en employant la force si nécessaire. A cause de leur rôle éducatif traditionnel, les femmes incarnent souvent la nation et son honneur. C’est pourquoi en cas de guerre, elles sont souvent les civiles victimes de viols, de prostitution forcée. Les femmes qui participent à l’effort de guerre ou à la révolution nationale en remplaçant les hommes dans les industries, ou qui luttent dans les bastions de libération nationale, sont en général vite reléguées à des rôles traditionnels au foyer, dans la famille, dans le couple et perdent pour la plupart des droits acquis en l’absence des hommes : droit au travail, droit à l’expression publique, participation aux décisions politiques impliquant l’ensemble de la communauté.

Dans l’idéologie nationaliste, il n’y a généralement pas de place pous les personnes qui divergent par leur orientation sexuelle du modèle dominant génitocentré, hétérocentré. Les minorités sexuelles, les célibataires sont vite perçues comme des parasites, des traîtres à leur patrie, voire des sous-humains.

De plus, la plupart des groupes nationalistes ne renoncent pas à la lutte armée. Des anarchistes (une minorité agissante) par le passé ont pratiqué la propagande par le fait. Ils /elles se sont de plus en plus éloigné.e.s de l’idéal anarchiste en devenant de plus en plus des professionnel.le.s de la révolution et des armes, en se coupant progressivement de la population qu’ils /elles désiraient défendre. Ces initiatives ont été contre-productives, elles ont fait des victimes innocentes, elles furent le prétexte d’une répression accrue contre le mouvement révolutionnaire. Enfin, les mouvements armés créent de nouveaux rapports autoritaires, l’intégration progressive de l’esprit guerrier dans la révolution et l’organisation hiérarchique, réputée être la seule à rendre possible des actions militaires efficaces retardent eux-mêmes la révolution. Les moyens sont la fin. Aujourd’hui, nous estimons que la lutte armée est un piège dans lequel il ne faut pas retomber.

Pour ces diverses raisons, nous pensons que nous devons préserver notre indépendance par rapport aux divers groupes nationalistes même de gauche. Cependant, nous n’ignorons pas que les divers mouvements séparatistes (sans doute pour leur attachement à la lutte armée), ainsi que les divers mouvements culturels qui leur sont plus ou moins liés, sont victimes d’un acharnement repressif de l’Etat. Au cas par cas, le groupe doit réfléchir de quelle manière il manifeste son soutien ou non.

Violence, non-violence active, guerres

Nous pensons que la majorité des injustices sociales, des dominations contre l’individu (chômage, racisme, sexisme, xénophobie, homophobie, âgisme, etc) se manifestent par des violences physiques, psychologiques, dans la sphère privée et publique. Aussi en tant qu’anarchistes, nous ne pouvons éviter de traiter cette question centrale.

Pour nous, la violence entre les êtres humains ne se résume pas à un phénomène naturel. Nous ne pensons pas non plus qu’elle soit innée chez l’homme et la femme, contrairement à l’agressivité qui n’est pas une chose forcément mauvaise en soi car elle permet de rassembler des ressources pour par exemple lutter et s’émanciper. Plus que dans des pulsions (selon la psychanalyse), les violences ont leur origine dans la violence éducative pratiquée par les adultes, les systèmes capitaliste et patriarcal. Nous reprenons à notre compte cette citation d’un certain Erich Fromm : « La société moderne, avec son aptitude presque illimitée à détruire des vies humaines à des fins politiques et économiques, se protège au mieux de la question [...] élémentaire qui consisterait à se demander de quel droit elle le fait, par la supposition que sa destructivité et sa cruauté ne sont pas engendrées par notre système social, mais sont des caractéristiques innées de l’homme. »

Pour la majorité des gens la révolution doit être forcément violente, armée et... sanglante. Pourtant, tout processus libérateur, révolutionnaire armé se réduit et se fourvoie rapidement dans une organisation pyramidale (avec son chef de guerre) paramilitaire hiérarchisée. Alors, c’en est vite fini de la démocratie de base, des libertés individuelles et de la révolution même. Pour le groupe Jes Futuro toute guerre (même dite revolutionnaire) est un crime contre l’humanité. Tout mouvement d’émancipation authentique n’est possible que par des pratiques et des structures d’organisation non violentes. L’action directe non violente qui a déjà fait ses preuves est à privilégier : grèves, occupations, manifestations, désobeissance civile, objection de conscience, blocages, boycott, sabotage (les biens matériels ne souffrent pas !) En évitant le plus possible de rentrer dans l’engrenage de la violence, nous éviterons de ressembler aux dominant.e.s et de paver de cadavres la voie vers notre utopie. Des moyens en contradiction avec le but final entraînent logiquement un résultat différent sinon opposé !

Contre le patriarcat

Le groupe Jes Futuro ne considère pas les luttes antipatriarcales comme secondaires. Au contraire, en tant qu’anarchistes nous luttons contre des structures où la violence, la domination des hommes est omniprésente et où l’oppression des femmes et des minorités sexuelles (lesbiennes, gays, trans, bis) est quotidienne.

Libération des femmes signifie qu’elles luttent pour leur autodétermination. Pour les encourager, nous ne pouvons qu’être partisans de la création d’espaces séparés par et pour les femmes (non-mixité) où le respect, la protection leur seront assurés, où leur résistance s’organisera. Les hommes anarchistes, même s’ils s’en défendent ou refusent cet état, sont aussi bénéficiaires à divers degrés et plus ou moins consciemment du patriarcat. La discussion avec les féministes accompagnée d’une remise en question personnelle par rapport à la violence masculine, l’homophobie, au virilisme, à l’hétérocentrisme,etc. ne peut être que salutaire pour les hommes. La lutte contre le patriarcat est aussi une lutte de libération pour les hommes.

Le patriarcat était un système d’oppression collective des hommes sur les femmes bien avant que le capitalisme arrive en scène. Ces deux systèmes autonomes de prises de pouvoir se sont largement accommodés et renforcés l’un l’autre. Aujourd’hui en Occident, malgré des avancées pour les droits des femmes, le constat est inchangé : les patrons, les cadres, les dirigeants politiques, syndicaux, associatifs sont majoritairement des hommes.

Dans le monde du travail elles sont toujours moins payées, souvent exclues des places d’un haut niveau de responsabilité, elles passent après les hommes pour obtenir un travail, subissent le harcèlement sexuel, des pressions de la société pour écourter leur carrière pour fonder une famille et s’en occuper...

Partout les femmes de toutes origines ethniques, de toutes classes sociales, de tous pays sont victimes de discriminations, de violences : pauvreté, harcèlement moral et/ou sexuel, refus de scolarisation, mariages et grossesses imposés, coups, viols, sévices et mutilations sexuels, etc., marchandisation et exploitation des corps (prostitution, pornographie, gynocides).

Les femmes representent la moitié de l’humanité mais sont considérées comme une minorité. Elles réaliseraient les deux tiers des travaux de la planète, ne gagneraient qu’un vingtième des revenus mondiaux et ne posséderaient qu’1/100 des biens mondiaux.

De même que le patriarcat impose une hiérarchisation entre les sexes, il maintient aussi une hiérarchie des sexualités. Quant à ce qu’on appelle aujourd’hui les minorités sexuelles, elles sont elles aussi victimes du système patriarcal. Partout dans le monde s’affirmer lesbiennes, gays, transexuel.le.s, bisexuel.le.s, c’est toujours s’exposer au danger : dans certains pays cela équivaut à la peine de mort, ailleurs dans nos démocraties, ce sont les fachos du coin ou quelques citoyen.ne.s de base qui peuvent se charger de l’agression verbale, physique. Il y a presque toujours le risque d’être discriminé.e, insulté.e, battu.e, violé.e, torturé.e, assassiné.e. L’homophobie entraîne la peur de l’autre, de la différence. C’est le refuge dans le rejet violent et une domination.

Comme la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie est une manifestation du pouvoir qui consiste à désigner l’autre sortant de la norme comme inférieur et /ou anormal, déviant, immoral, malade mental, dangereux. L’homophobie comme le sexisme est institutionnalisée à tous les niveaux, elle est aussi intériorisée par chacun.e.

Dans la hiérarchisation des pratiques sexuelles plaçant l’hétérosexualité au sommet, au rang du naturel, l’homophobie sert alors de moyen utile pour marquer les composantes nécessaires du régime binaire des sexualités, excluant non seulement les homosexuel.le.s mais aussi tou.te.s ceux/celles qui ne correspondent pas à l’ordre établi des genres (masculin/féminin) : travestis, transsexuel.le.s, bisexuel.le.s, femmes ayant une forte personnalité, hommes précieux, délicats, etc ;

Dans les milieux de gauche et révolutionnaires, il est encore d’usage de diminuer, de caricaturer, d’insulter son adversaire politique en le ravalant (selon l’hétéronorme) au rang de femme facile (« salope »), d’objet sexuel passif (être passif dans l’acte sexuel c’est toujours être inférieur : « on va les niquer »), d’homo (« pédé », « enculé », « tarlouzes », ETC ;). Ce processus atteint souvent son paroxysme dans les manifestations antifascistes pendant lesquelles les différentes parties arrivent à s’insulter en puisant dans la même poubelle, au point où l’on ne sait plus au final à qui l’on a affaire.

Pour un anarchisme pragmatique et convivial

Notre anarchisme n’est pas un anarchisme d’appartenance mais un anarchisme d’actes. Dans la mesure du possible, nous pensons qu’il est important d’être cohérent, d’accorder ses idées, ses idéaux à sa façon de vivre et de se comporter. Essayer de ne pas reproduire autour de soi des schémas de domination est essentiel. Notre groupe libertaire doit être un lieu d’expérimentation anarchiste permanent, notamment en ce qui concerne la communication et les relations interpersonnelles.

Les débats doivent être par exemple facilités : respect de la parole de l’autre, éviter de couper ou de monopoliser la parole, tour de parole, etc. doivent pas se réduire à des bordées de jugements catégoriques sans explications ( « C’est nul », « C’est bourgeois », etc.). Les insultes, les intimidations et évidemment les violences physiques entre camarades ne sont pas acceptables et équivalent, s’il n’y a pas eu de réparations ni d’excuses, à un renvoi de l’organisation.

Il est important de faire l’expérience de ce qui est possible aujourdhui. Il faut essayer le plus possible d’articuler nos idées, notre militantisme revendicatif, avec des expériences pratiques diverses et variées selon les possibilités de chacun.e : investissement personnel dans certains syndicats, des collectifs, des associations, des expériences alternatives culturelles, politiques, économiques : SEL (système d’échange local), systèmes d’échanges de savoir, squats, coopératives, zones autonomes temporaires, des journaux, jardins communautaires, choix d’une nourriture saine respectueuse de l’environnement, choix du végétarisme, apprentissage de l’espéranto ou d’une langue étrangère, etc. Même si la triste réalité quotidienne nous impose de difficiles compromis, il faut tenter de s’organiser maintenant au moins provisoirement au plus près de la société que nous souhaitons, de nous comporter et de vivre aujourd’hui en adéquation avec notre idéal.



 

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Par sergej/IS@
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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /Juil /2008 17:50

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